Trop de fonctionnaires ?

Le ministre de la fonction publique, Eric Woerth, tempête contre les services publics qui ne savent pas répondre aux attentes des usagers. Il lance "le testing" afin de les faire travailler mieux à moyens constants voir en baisse ! Bref, il veut le beurre, l'argent du beurre et la crémière...

Selon le ministre, il n'y a pas de logique fataliste à l'augmentation des moyens pour augmenter la qualité. Il s'appuie pour cela sur un rapport qui dit que 73 % des usagers ont une bonne image des services publics (alors pourquoi les tester ?).

Mais ce même rapport dit que les Français ont une perception dégradée de la qualité des services publics. Ainsi, plus de la moitié des Français (57 %) jugent que les services publics de l'Etat ont plutôt mal évolué dernièrement.

Alors trop de fonctionnaires ?

C'est le titre le plus répandu lorsque la presse s'empare du thème de la fonction publique. A y regarder de plus près pourtant, le surpoids du secteur public français par rapport à ses homologues étrangers est loin d'être évident. C'est ce que révèle une étude du Centre d'Analyse Stratégique (ex-commissariat au plan). En matière de budget et d'emploi publics, les comparaisons internationales sont à manier avec des pincettes.

Changement de lunettes

Ainsi, l'analyse n'est pas la même si on regarde le nombre de fonctionnaires dans l'emploi total ou le nombre de fonctionnaires par rapport au nombre d'habitants. Dans le premier cas, la France apparaît comme un pays surpeuplé de fonctionnaires. Dans l'autre, elle se situe dans la moyenne des pays de l'OCDE, à un niveau proche du Royaume-Uni et du Canada.

Autre biais à corriger : le recours à des prestataires privés pour assurer des missions de service public. En ajoutant les ressources affectées à la sous-traitance aux rémunérations des agents publics, on constate que les dépenses de fonctionnement de l'administration représentent à peine 18 % du PIB en France, contre 18,4 % aux Etats-Unis, 20,4 % au Canada et 23,2 % au Royaume-Uni !

Mais c'est dans la perspective que cette étude apporte le plus. Elle offre un éclairage neuf sur les réformes effectuées à l'étranger. L'image de certains pays souvent cités en exemple ressort sérieusement écornée. Il n'est pas rare qu'un pays ayant supprimé des postes dans la fonction publique à une période donnée soit contraint de recruter ou de faire davantage appel à la sous-traitance quelques années plus tard. De même, une contraction importante des effectifs de l'Etat a parfois pour effet d'augmenter le personnel des collectivités locales.

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Attention aux mauvais exemples

L'exemple du Canada est particulièrement emblématique. Loué pour sa fameuse revue des programmes opérée en 1994, dont la RGPP française s'est largement inspirée, ce pays compte davantage de fonctionnaires par habitant aujourd'hui qu'il n'en avait à l'époque... Depuis 2000, l'Etat fédéral recrute en effet massivement. Il a même des difficultés à attirer certains profils et subit de réelles pénuries de main-d'oeuvre.

Sur le plan des comptes publics, l'opération semble également relever du tour de passe-passe. Car si le budget de l'Etat est en équilibre depuis 1997, les provinces ont dû augmenter leur endettement de 7 points de PIB en vingt ans. Comme on dit chez nos cousins, "l'Etat a pelleté la neige dans le jardin du voisin !".

Le Canada n'est pas isolé. D'après l'étude, à l'exception de l'Allemagne et de l'Italie, tous les pays étudiés ont réembauché dans les services généraux d'administration après avoir taillé dans les effectifs. Outre le Canada, la Belgique et le Japon ont retrouvé les niveaux initiaux. Les Pays-Bas, la Nouvelle-Zélande ou le Royaume-Uni ayant, quant à eux, comblé les manques par un recours accru à l'externalisation. Ainsi ce dernier pays a accru de près de 4 points de PIB la sous-traitance de ses administrations de 1990 à 2007.

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Des rémunérations sages

Le total des rémunérations des agents publics français pèse 13 % du PIB soit un niveau qui place la France au 5e rang des pays de l'OCDE. Sans oublier que la moitié des fonctionnaires d'Etat sont des professeurs de catégorie A ce qui, mathématiquement, augmente le salaire moyen.

Nanti les fonctionnaires français ? Pas exactement. Selon l'étude, le niveau des émoluments par tête se situe sensiblement en-dessous de la moyenne de l'OCDE. La France aurait fait le choix d'avoir plus de fonctionnaires moins bien payés. Ainsi la hausse du pouvoir d'achat des fonctionnaires français est inférieure de 0,3 points à celle de la moyenne des pays de l'OCDE.

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La France par rapport au Royaume-Uni et à la Suède

En France , il y a :

  • 89,5 fonctionnaires pour 1 000 habitants (150 en Suède, 90 au Royaume-Uni),
  • 22,5 % de l'emploi total sont des emplois publics (31 % en Suède, 18,5 % au Royaume-Uni),
  • 18,1 % de la richesse nationale est consacrée aux dépenses de rémunérations et de sous-traitance des administrations publiques (25 % en Suède, 23,2 % au Royaume-Uni),
  • 23,2 % de la richesse nationale est consacrée aux prestations sociales (19,2 % en Suède, 12,8 % au Royaume-Uni).

A l'heure où l'endettement public devient un sujet brûlant, ce n'est certainement pas via la seule réforme de l'Etat que le gouvernement résoudra sa délicate équation budgétaire. Les études comparatives démontrent que les plus importantes économies ne se réalisent pas sur les dépenses de fonctionnement. Rares sont les pays où la contraction de l'emploi public a généré des économies substantielles.

Pour équilibrer les comptes, les suppressions de postes de fonctionnaires ne suffiront pas. Un choix politique devra être fait entre une réduction des prestations sociales ou une augmentation des prélèvements obligatoires à commencer par le bouclier fiscal.

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Source : Tableau de bord de l'emploi public, Centre d'analyse stratégique.